Dimanche 22 avril 2012
Cher Guillaume
Je comprends bien le désir de certains de se retrouver en masse pour partager l'exaltation de la victoire (dont à titre personnel je suis sûr). C'est comme en 1998 où même à St Amand un peuple de footeux ou non déambulaient en criant dans les rues " et 1 et 2 et 3-zéro ". Comme en 89 ( heu.. 1700), ils criaient et chantaient " à la Bastille ".
Que la Fédé et donc nos responsables veuillent que ce soit une réussite avec le plus grand nombre, je le comprends aussi, et je n'ai pas de doute que beaucoup de plus ou moins sympathisants - après 20 h - rejoindront la fête à Bourges, car l'humain est ainsi fait qu'il préfère le vainqueur.
Quant à d'autres, après avoir partagé les kms de la colle dans le canton de St Amand (il faut 2 h et demi pour faire le tour et ça plusieurs fois), le porte à porte ou la présence au marché, avoir organisé des rencontres de voisins, de relations personnelles, et pour certains participer à tout ça tout en assurant son boulot, eh bien tu vois Guillaume, on a juste envie de rester dans ce même groupe pour partager la joie du résultat de notre job de militants et de sympathisants. Nous avons envie de s'offrir réciproquement des bulles parce que parfois on a ramé ensemble : quelquefois difficile de crédibiliser Hollande devant certains.
Quant à d'autres sympathisants, ils ont préféré faire une bouffe chez eux avec des amis, de gauche bien sûr, avec l'espoir et/ou la certitude de faire un repas très ... joyeux.
Tu vois c'est un plaisir tout simple. Auquel ne pourra se joindre Pierre Etienne, hospitalisé : c'est un petit coucou amical de nous tous qui lui est adressé, lui qui sera tout seul devant sa télé.
Bonne fête à tous.
Et pour compléter notre exaltation :
Le lendemain de son débat avec Sarko, François Hollande était l'invité d'une émission. Je vous donne le lien, et allez directement, passé l'inévitable pub, à 20 minutes de la vidéo : voilà ce qu'est aussi notre futur Président, un " homme normal "
de savoir comment je vais m'attifer cet été
c'est un des titres de la presse ce matin, car il y avait paraît-il un débat hier soir ; mais je ne l'ai pas regardé : tous les chroniqueurs politiques m'ont répété que cela n'apporterait rien. Ils se sont trompés au moins sur un point, et j'en suis .........
bien content car j'ai réappris un mot ἀναφορά (heu... anaphore)
" le Cri " vient d'être vendu 90 millions d'euros, un record disent-ils.
Bien content ... que quelqu'un vient de battre le record de la connerie.
bien content de manger MES radis et MES asperges ......
Pour être content, il suffit de se .... contenter de peu.
Principalement pour les émigrés du Berry - qui eux n'auront plus le droit de vote ici - , je reviens sur quelques résultats auxquels elles et ils n'ont pas participé .....
Sur la circonscription sur laquelle on va faire en sorte que Yann Galut soit élu contre l'UMP Louis Cosyns :
Hollande 27 % Sarkozy 24,6 % Le Pen 21 % Mélenchon 12 %
le sud du Cher n'a pas de mosquée, mais .............
Sur le canton de St Amand, quelques communes - dites rurales - se sont si je puis dire distinguées.
Bruère Hollande 30,8 % mais le Pen (77 voix) 23 % et Sarko (76 voix) 22,8
La Celle Hollande 30 % le Pen (43) 20,6 % Sarko (41) 19,6
Orcenais Hollande 24 % le Pen 30 % Sarko 21,6
Quelques meilleurs scores du Cher :
Hollande 36,4 % Drevant
Sarkozy pas dans le canton mais 58 % à Verdigny
Le Pen pas dans le canton mais 37 % à Coust
Mélenchon 23 % Farges Allichamps 24 % Vierzon
Bayrou pas dans le canton mais 27 % à La Celette (patrie d'Hervé Villard qui nous a dit voter à gauche : ne sera pas taxé à 75 % !!)
Eva Joly 4 % la Groutte et 4 % Marçais (Maire écolo) 6,35 % Apremont
N. Arthaud 3,27 % Orcenais
Poutou 3,27 % Nozières
Cheminade pas dans le canton mais 3,33 % à Chaumont
Dupont Aignan pas dans le canton mais 12 % à Laverdines
Tout cela devrait alimenter vos commentaires au coin de la cheminée - on se les gèle en ce moment - dans vos chaumières éloignées.
(PS qui n'a rien à voir : on se les gèle mais j'ai mangé mes premiers radis, pommes de terre et haricots sont juste sortis ........)
Autre chose qui a malgré tout quelque part un lien politique : hier soir, Fr 3, 23 h, émission sur René Bousquet, " ami " de Mitterand. Avec interview de ce dernier parue 5 ans après sa mort. En fait, j'espère que vous ne l'avez pas vue cette émission, car c'est à vous faire regretter d'avoir voté Mitterand en 1981 et 1988. Cela m'a tellement mis mal à l'aise que je ne ferai pas plus de commentaires.
Tiens autre chose à propos de " mis mal à l'aise ". Ce fut l'expression utilisée par un camarade socialiste devant les soutiens à Hollande d'anciens ministres dits d'ouverture, comme Fadela Amara. L'expression me parait correcte, mais elle a fortement déplu à un autre camarade socialiste qui a engueulé l'auteur pendant une demi-heure au téléphone. Comme quoi, être socialiste en ces temps de bonheur et d'espoir n'est pas un long fleuve tranquille...
Ici on ne peut qu'être content : ce n'est pas si souvent que le PS est en tête dans une ville si UMP :
Hollande 29,23 % Sarkozy 26,69 %
Le Pen 18,25 % Mélenchon 11,16 % Bayrou 8,51 %
Même si le FN pavoise : 30 % à Orcenais et 26 % à Nozières par exemple, et qu'au national, ils osent même dire qu'ils sont la première force d'opposition, 18 % restent d'abord un vote principalement de protestation et de rejet de Sarkozy.
Ce dernier a bien du souci : comment draguer les électeurs FN sans repousser les électeurs Bayrou vers la gauche ?
Je crois qu'il est coincé et ce n'est pas les Guéant, Gaino et Buisson dans leurs excès qui changeront quelque chose.
Un qui doit être content, c'est Coppé, patron de l'UMP et grand rival des sarkozistes : dans sa ville de Meaux, Hollande fait 33 % et Sarko 26 %. Tout bon pour 2017, doit-il penser....
Pour le 6 mai, je n'ai pas de doute " ça va l'faire " !
Ensuite, il y aura un mois de tractations pour les législatives. C'est le côté peu glorieux de la politique et des politiciens : insupportable mais incontournable. On verra.
( * ) République algérienne démocratique et populaire
Raccourci de l'histoire : après la célébration le 19 mars dernier du 50ème anniversaire du cessez-le-feu en Algérie, l'un des responsables algériens vient de disparaître. Ben Bella fut le premier Président, puis destitué, hué, emprisonné pendant 20 ans et aujourd'hui il y a deuil national. Ironie de la politique !
Et ironie barbare en 1991. Redoutant la victoire au second tour des législatives du front islamique, le gouvernement algérien de l'époque décrèta sa dissolution. Et la guerre civile durera jusqu'en 2002, faisant 60 000 à 150 000 morts. L'imprécision est très significative et très redoutable.
Ce qui est étrange, c'est que je viens juste de recevoir une nouvelle écrite au moment de ces évènements. Ce n'est pas très rigolo certes, mais cela décrit fort bien les drames sanglants de cette époque pas si lointaine (il existe encore quelques groupes armés islamiques qui provoquent des attentats ).
Je vous mets ci-dessous la nouvelle d'Yvette Pellier (1er prix au concours de nouvelles d'Abbeville). Pour info, Médéa est une ville située à 80 kms au sud d'Alger.
Le Temps de la Souffrance
Naïma sent peu à peu la vie la quitter. Elle ne souffre plus ou bien souffre t’elle trop pour encore intégrer sa souffrance. Une large tache de sang s’étale sur sa poitrine et ruisselle le long de son vêtement. Elle l’a comprimée pour l’empêcher de s’étendre mais maintenant elle est trop fatiguée, elle respire avec difficulté. Dans son ventre, elle a senti l’enfant remuer pour la première fois. Elle pose sa main dessus et ne peut réprimer un sanglot. Elle entend encore quelques tirs de fusils au loin, très loin. Elle ferme les yeux pour échapper à l’horreur qui l’entoure : Zohra, sa fille aînée, sciée en deux par une rafale de mitraillette. Hocine, son fils, son rayon de soleil, immobile à ses pieds, sa tête n’est plus qu’une plaie sanglante. Par la porte ouverte, défoncée, elle aperçoit Malika et Fatima, ses jumelles, qui gisent au milieu de la cour dans une flaque écarlate. Quelque part un chien hurle à la mort, il hurle, désespérément, toute la détresse du monde. Elle ne comprend pas ce qui s’est passé. De bonne heure, ce matin, elle a entendu Ahmed et Karim charger la camionnette pour partir au marché de Médéa comme ils le font tous les dimanches, elle ne s’est pas levée, fatiguée par une grossesse tardive qui la surprend à quarante ans. Après leur départ, elle s’est rendormie. Ce sont les hurlements terrifiés des villageois, les tirs de mitraillette qui l’ont sortie du sommeil. Elle n’a pas eu le temps de se lever. La porte de la maison a éclaté sous les coups de bottes de deux hommes armés et cagoulés qui ont fait irruption. Ils ont balayé la pièce d’une rafale de leurs engins de mort, attrapé ses deux filles qui tentaient de fuir, ils les ont traînées dans la cour et les ont froidement abattues, insensibles à leurs supplications, à leurs larmes, à leur jeunesse, à leur beauté. Le silence, un silence de mort règne sur le village, les bruits de la vie quotidienne, les cris des enfants se sont tus. Que sont devenus son mari et son fils ? Ont-ils échappé à cette horde sanguinaire ? Rentreront-ils avant qu’elle ne meure ?
Naïma perd la notion du temps. Sur le toit un oiseau siffle son chant, au loin un âne brait, la vie reprend ses droits, mais pas un être humain ne se manifeste. Ont-ils tous été assassinés ? Elle attend, attend et dans sa tête les souvenirs se bousculent, resurgissent. Des larmes coulent sur ses joues exsangues en pensant aux années heureuses de son enfance
Elle se revoit dans la maison paternelle, une petite ferme à la sortie de Tabouza, village perdu dans la montagne. Ce qu’elle préfère, à cette époque, ce sont les travaux ménagers en compagnie de sa mère. Tous ces travaux que seules les femmes sont capables d’accomplir. Sa mère est belle quand elle laisse couler ses longs cheveux auburn sur ses épaules dans l’intimité de la maison. Naïma est douée pour brosser, peigner et natter la douce chevelure. Elle aime ces réunions féminines autour d’un thé à la menthe, les danses et les chants accompagnés de claquements de mains et de youyous de joie. Elle aime marcher aux côtés maternels, quand toutes deux portent sur la tête un paquet de vêtements qu’elles vont laver à la rivière. Au bord de l’eau, les autres femmes sont déjà là, de loin, on entend leurs rires clairs et leurs bavardages. L’eau chante sur les braseros et les petits enfants ramassent des brindilles pour alimenter le feu. Elle se souvient aussi du mariage de Kheira, sa sœur aînée, des costumes chamarrées, de la musique et de la joie qui habitait les invités, l’odeur du méchoui qui rôtissait sur les braises, les montagnes de couscous doré et de légumes colorés. Comme la maison lui avait paru vide après son départ ! L’année suivante, son père l’avait mariée à Ahmed. Elle venait juste d’avoir seize ans. Elle lui avait bien un peu résisté, elle ne souhaitait pas quitter si vite de la chaleur familiale, elle se sentait si jeune, si insouciante mais il avait imposé sa volonté et il avait bien fallu se soumettre. Ahmed s’était révélé bon époux et bon père. Après les noces, il l’avait emmenée à Ouzera où ses beaux-parents l’avaient accueillie chaleureusement. Sa belle-mère, Fatima, l’avait prise en affection car elle n’avait pas de fille et elles s’étaient, tout de suite, bien entendues. Elle l’avait aidée à élever les enfants qui n’avaient pas tardé à venir combler leur foyer. De temps en temps, Ahmed emmenait toute la famille, à Tabouza, dans sa vieille Peugeot et Naïma retrouvait avec bonheur ses parents, ses amies, son village. Jusqu’à cette époque, elle avait été heureuse. Puis le temps de la terreur était arrivé. Nulle part, on ne se sentait en sécurité. Les villageois s’étaient mis à vivre dans la hantise de voir débarquer ces fanatiques armés jusqu’aux dents; peu à peu la suspicion s'était installée entre eux, on ne savait plus à qui faire confiance, chacun restait chez soi et fermait sa porte de bonne heure. Quand Fatima était morte, la solitude, l’angoisse lui avaient paru encore plus lourdes à supporter. Elle ne voulait plus voir son mari ou ses enfants s’éloigner. Pourtant, il fallait bien vivre. Ahmed cultivait un bout de terre et allait vendre chaque dimanche, ses légumes au marché. C’était leur seul moyen de subsistance.
Naïma tend l’oreille, si elle entendait le bruit familier du moteur de la camionnette, cela voudrait dire qu’ils sont indemnes, qu’ils ont échappé, une fois encore, aux monstres qui mettent leur pays à feu et à sang. Seul, le silence répond à son attente. Elle regarde le réveil, voit les heures s’écouler et ses forces disparaître. Elle met la main sur son ventre et pense à ce petit qui ne verra pas le jour. Le froid l’envahit, pourtant dehors, il fait grand soleil. La flaque de sang qui s’étale autour de ses filles a noirci, les mouches dansent et bourdonnent autour des cadavres, son regard se détourne, se pose un instant sur Zohra qui lui ressemble tant qu’on aurait pu les prendre pour deux sœurs, puis sur le petit corps immobile à ses pieds. Hocine! Si vivant, si câlin, aux éclats de rire qui fusent pour un rien… Tout se brouille devant ses yeux. La pénombre se fait autour d’elle, pourtant elle sait qu’il fait grand jour, l’air devient léger, si léger qu’elle peine à inspirer. Il lui semble, soudain, entendre, au loin, le bruit familier. Ils reviennent ! Enfin, ils reviennent ! Ahmed et Karim sont vivants, ils rentrent à la maison. Un hurlement de freins, un crissement de pneus, un cri long, déchirant, une silhouette qui se découpe dans le clair de la porte, qui se précipite. Ahmed la serre contre lui, elle voit ses lèvres bouger mais elle ne le comprend plus, elle se laisse aller entre ses bras. Son attente est enfin terminée, elle ne souffre plus, elle peut enfin fermer les yeux. Son mari et son fils sont revenus.
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