grognements

                                                                                                                                                                                            mars 2009
                                                   
 Protester         
Rouspéter         Rager            Contester     
S'indigner         Récriminer        Objecter       Récuser              
Se Rebeller      Regimber           Résister        Ronchonner   
Se Rebiffer     Manifester        Gueuler         Vitupérer    
Râler               S'opposer         Rouscailler    Désapprouver


Ne grognez pas à votre tour :
je ferai en sorte d'être,  aussi,  tolérant ...
Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 10:57

 

Dimanche 22 avril 2012

  
  
  
  
                  
  
 Jean
  
 J'aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J'aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu'à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j'étais à Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c'est sacré !
 
Pardon te t'emmerder, mais l'heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d'idées , je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n'as que les titres d'une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l'heure est grave !
 
Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s'abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s'immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l'on traque comme d'autres en d'autres temps que tu as chantés, celle qu'on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l'on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l'essentiel...
 
Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi, qui en voulais à D'Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté flottait sur Saigon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s'est vendu à la Première dame de France.Ecris nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tout ceux qui le soutiennent !
 
Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des métro, c'est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l'info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l'aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l'Elysée pour avoir l'honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...
 
Jean, l'argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. La justice avance péniblement grâce au courage de quelques uns, et l'on ose donner des leçons de civilisation au monde...
 
Jean, l'Allemagne n'est plus qu'à un euro de l'heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l'haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".
 
Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l'homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.
Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite... Finies les jacqueries!
 
Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on massacre l'Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l'excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés...
 
Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage et de fatigue, j'aime sa voix rauque de trop de luttes, je l'aime intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d'elle même pour le plus pauvre qu'elle, quand elle s'appelle en 54 par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de l'été. Je l'aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...
 
Jean, je voudrais tellement t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...
Je t'embrasse.
 
Moi aussi, j'ai écrit à mes amis militants et sympathisants 

 

Cher Guillaume

 

Je comprends bien le désir de certains de se retrouver en masse pour partager l'exaltation de la victoire (dont à titre personnel je suis sûr). C'est comme en 1998 où même à St Amand un peuple de footeux ou non déambulaient en criant dans les rues " et 1 et 2 et 3-zéro ". Comme en 89 ( heu.. 1700), ils criaient et chantaient " à la Bastille ".

 

Que la Fédé et donc nos responsables veuillent que ce soit une réussite avec le plus grand nombre, je le comprends aussi, et je n'ai pas de doute que beaucoup de plus ou moins sympathisants - après 20 h - rejoindront la fête à Bourges, car l'humain est ainsi fait qu'il préfère le vainqueur.

 

Quant à d'autres, après avoir partagé les kms de la colle dans le canton de St Amand (il faut 2 h et demi pour faire le tour et ça plusieurs fois), le porte à porte ou la présence au marché, avoir organisé des rencontres de voisins, de relations personnelles, et pour certains participer à tout ça tout en assurant son boulot, eh bien tu vois Guillaume, on a juste envie de rester dans ce même groupe pour partager la joie du résultat de notre job de militants et de sympathisants. Nous avons envie de s'offrir réciproquement des bulles parce que parfois on a ramé ensemble : quelquefois difficile de crédibiliser Hollande devant certains.

 

Quant à d'autres sympathisants, ils ont préféré faire une bouffe chez eux avec des amis, de gauche bien sûr, avec l'espoir et/ou la certitude de faire un repas très ... joyeux.

 

Tu vois c'est un plaisir tout simple. Auquel ne pourra se joindre Pierre Etienne, hospitalisé : c'est un petit coucou amical de nous tous qui lui est adressé, lui qui sera tout seul devant sa télé.

 

Bonne fête à tous.

 

 

Et pour compléter notre exaltation : 

 

  Le lendemain de son débat avec Sarko, François Hollande était l'invité d'une émission. Je vous donne le lien, et allez directement, passé l'inévitable pub, à 20 minutes de la vidéo : voilà ce qu'est aussi notre futur Président, un " homme normal "

 

http://www.france5.fr/c-a-vous/?page=videos&integrale=1929

Par le grizzly - Communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 11:20

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    de savoir comment je vais m'attifer cet été

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De la Zapatera au Bristol, les bêtises et mensonges du débat

c'est un des titres de la presse ce matin, car il y avait paraît-il un débat hier soir ; mais je ne l'ai pas regardé : tous les chroniqueurs politiques m'ont répété que cela n'apporterait  rien. Ils se sont trompés au moins sur un point, et j'en suis .........

 

bien content car j'ai réappris un mot     ἀναφορά          (heu... anaphore)

 

 

 

Munch Record

 

" le Cri " vient d'être vendu 90 millions d'euros, un record disent-ils.

 

Bien content ... que quelqu'un vient de battre le record de la connerie.

 

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bien content de manger MES radis et MES asperges ......

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être content, il suffit de se .... contenter de peu.

Par le grizzly - Communauté : Les blogs citoyens
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 11:33

Principalement pour les émigrés du Berry - qui eux n'auront plus le droit de vote ici - , je reviens sur quelques résultats auxquels elles et ils n'ont pas participé .....

 

Sur la circonscription sur laquelle on va faire en sorte que Yann Galut soit élu contre l'UMP Louis Cosyns :

 

Hollande     27 %          Sarkozy      24,6 %               Le Pen  21 %            Mélenchon   12 %

 

le sud du Cher n'a pas de mosquée, mais .............

 

Sur le canton de St Amand, quelques communes - dites rurales - se sont si je puis dire distinguées.

 

Bruère           Hollande  30,8 %  mais le Pen  (77 voix)  23 %     et Sarko (76 voix)  22,8

 

La Celle        Hollande 30 %          le Pen (43) 20,6 %        Sarko (41)  19,6

 

Orcenais       Hollande 24 %          le Pen  30 %         Sarko 21,6

 

Quelques meilleurs scores du Cher :

 

Hollande     36,4 %      Drevant

Sarkozy        pas dans le canton mais 58 % à Verdigny

Le Pen         pas  dans le canton mais 37 % à Coust

Mélenchon  23 %  Farges Allichamps         24 %  Vierzon

Bayrou         pas dans le canton mais 27 % à La Celette (patrie d'Hervé Villard qui nous a dit voter à gauche : ne sera pas taxé à 75 % !!)

Eva Joly       4 % la Groutte et 4 % Marçais (Maire écolo)    6,35 %  Apremont

N. Arthaud   3,27 %   Orcenais

Poutou         3,27 %    Nozières

Cheminade pas dans le canton mais 3,33 % à Chaumont

Dupont Aignan  pas dans le canton mais 12 % à Laverdines

 

Tout cela devrait alimenter vos commentaires au coin de la cheminée - on se les gèle en ce moment - dans vos chaumières éloignées.

 

(PS qui n'a rien à voir : on se les gèle mais j'ai mangé mes premiers radis, pommes de terre et haricots sont juste sortis ........)

 

Autre chose qui a malgré tout quelque part un lien politique : hier soir, Fr 3, 23 h, émission sur René Bousquet, " ami " de Mitterand. Avec interview de ce dernier parue 5 ans après sa mort. En fait, j'espère que vous ne l'avez pas vue cette émission, car c'est à vous faire regretter d'avoir voté Mitterand en 1981 et 1988. Cela m'a tellement mis mal à l'aise que je ne ferai pas plus de commentaires.

 

Tiens autre chose à propos de " mis mal à l'aise ". Ce fut l'expression utilisée par un camarade socialiste devant les soutiens à Hollande d'anciens ministres dits d'ouverture, comme Fadela Amara. L'expression me parait correcte, mais elle a fortement déplu à un autre camarade socialiste qui a engueulé l'auteur pendant une demi-heure au téléphone. Comme quoi, être socialiste en ces temps de bonheur et d'espoir n'est pas un long fleuve tranquille...

 

Par le grizzly - Communauté : Les blogs citoyens
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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 11:56

Ici on ne peut qu'être content : ce n'est pas si souvent que le PS est en tête dans une ville si UMP :

 

Hollande             29,23 %                        Sarkozy          26,69 %

 

Le Pen       18,25 %           Mélenchon          11,16 %              Bayrou          8,51 %

 

Même si le FN pavoise : 30 % à Orcenais et 26 % à Nozières par exemple, et qu'au national, ils osent même dire qu'ils sont la première force d'opposition, 18 % restent d'abord un vote principalement de protestation et de rejet de Sarkozy.

 

Ce dernier a bien du souci : comment draguer les électeurs FN sans repousser les électeurs Bayrou vers la gauche ?

 

Je crois qu'il est coincé et ce n'est pas les Guéant, Gaino et Buisson dans leurs excès qui changeront quelque chose.

 

Un qui doit être content, c'est Coppé, patron de l'UMP et grand rival des sarkozistes : dans sa ville de Meaux, Hollande fait 33 % et Sarko 26 %. Tout bon pour 2017, doit-il penser....

 

Pour le 6 mai, je n'ai pas de doute  " ça va l'faire " ! 

 

Ensuite, il y aura un mois de tractations pour les législatives. C'est le côté peu glorieux de la politique et des politiciens : insupportable mais incontournable. On verra.

Par le grizzly - Communauté : Les blogs citoyens
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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 10:13

( * )  République algérienne démocratique et populaire

 

 

Raccourci de l'histoire : après la célébration le 19 mars dernier du 50ème anniversaire du cessez-le-feu en Algérie, l'un des responsables algériens vient de disparaître. Ben Bella fut le premier Président, puis destitué, hué, emprisonné pendant 20 ans et aujourd'hui il y a deuil national. Ironie de la politique !

 

Et ironie barbare en 1991. Redoutant la victoire au second tour des législatives du front islamique, le gouvernement algérien de l'époque décrèta sa dissolution. Et la guerre civile durera jusqu'en 2002, faisant 60 000 à 150 000 morts. L'imprécision est très significative et très redoutable.

 

Ce qui est étrange, c'est que je viens juste de recevoir une nouvelle écrite au moment de ces évènements. Ce n'est pas très rigolo certes, mais cela décrit fort bien les drames sanglants de cette époque pas si lointaine (il existe encore quelques groupes armés islamiques qui provoquent des attentats ).

 

Je vous mets ci-dessous la nouvelle d'Yvette Pellier (1er prix au concours de nouvelles d'Abbeville). Pour info, Médéa est une ville située à 80 kms au sud d'Alger.

 

 

Le Temps de la Souffrance

 

 

Naïma sent peu à peu la vie la quitter. Elle ne souffre plus ou bien souffre t’elle trop pour encore intégrer sa souffrance. Une large tache de sang s’étale sur sa poitrine et ruisselle le long de son vêtement. Elle l’a comprimée pour l’empêcher de s’étendre mais maintenant elle est trop fatiguée, elle respire avec difficulté. Dans son ventre, elle a senti l’enfant remuer pour la première fois. Elle pose sa main dessus et ne peut réprimer un sanglot. Elle entend encore quelques tirs de fusils au loin, très loin. Elle  ferme les yeux pour échapper à l’horreur qui l’entoure : Zohra, sa fille aînée, sciée en deux par une rafale de mitraillette. Hocine, son fils, son rayon de soleil, immobile à ses pieds, sa tête n’est plus qu’une plaie sanglante. Par la porte ouverte, défoncée, elle aperçoit Malika et Fatima, ses jumelles, qui gisent au milieu de la cour dans une flaque écarlate. Quelque part un chien hurle à la mort, il hurle, désespérément, toute la détresse du monde. Elle ne comprend pas ce qui s’est passé. De bonne heure, ce matin, elle a entendu Ahmed et Karim charger la camionnette pour partir au marché de Médéa comme ils le font tous les dimanches, elle ne s’est pas levée, fatiguée par une grossesse tardive qui la surprend à quarante ans. Après leur départ, elle s’est rendormie. Ce sont les hurlements terrifiés des villageois, les tirs de mitraillette qui l’ont sortie du sommeil. Elle n’a pas eu le temps de se lever. La porte de la maison a éclaté sous les coups de bottes de deux hommes armés et cagoulés qui ont fait irruption. Ils ont balayé la pièce d’une rafale de leurs engins de mort, attrapé ses deux filles qui tentaient de fuir, ils les ont traînées dans la cour et les ont froidement abattues, insensibles à leurs supplications, à leurs larmes, à leur jeunesse, à leur beauté. Le silence, un silence de mort règne sur le village, les bruits de la vie quotidienne, les cris des enfants se sont tus. Que sont devenus son mari et son fils ? Ont-ils échappé à cette horde sanguinaire ? Rentreront-ils avant qu’elle ne meure ?

 

Naïma perd la notion du temps. Sur le toit un oiseau siffle son chant, au loin un âne brait, la vie reprend ses droits, mais pas un être humain ne se manifeste. Ont-ils tous été assassinés ? Elle attend, attend et dans sa tête les souvenirs se bousculent, resurgissent. Des larmes coulent sur ses joues exsangues en pensant aux années heureuses de son enfance

 

Elle se revoit dans la maison paternelle, une petite ferme à la sortie de Tabouza, village perdu dans la montagne. Ce qu’elle préfère, à cette époque, ce sont les travaux ménagers en compagnie de sa mère. Tous ces travaux que seules les femmes sont capables d’accomplir. Sa mère est belle quand elle laisse couler ses longs cheveux auburn sur ses épaules dans l’intimité de la maison. Naïma est douée pour brosser, peigner et natter la douce chevelure. Elle aime ces réunions féminines autour d’un thé à la menthe, les danses et les chants accompagnés de claquements de mains et de youyous de joie. Elle aime marcher aux côtés maternels, quand toutes deux portent  sur la tête un paquet de vêtements qu’elles vont laver à la rivière. Au bord de l’eau, les autres femmes sont déjà là, de loin, on entend leurs rires clairs et leurs bavardages. L’eau chante sur les braseros et les petits enfants ramassent des brindilles pour alimenter le feu. Elle se souvient aussi du mariage de Kheira, sa sœur aînée, des costumes chamarrées, de la musique et de la joie qui habitait les invités, l’odeur du méchoui qui rôtissait sur les braises, les montagnes de couscous doré et de légumes colorés. Comme la maison lui avait paru vide après son départ !  L’année suivante, son père l’avait mariée à Ahmed. Elle venait juste d’avoir seize ans. Elle lui avait bien un peu résisté, elle ne souhaitait pas quitter si vite de la chaleur familiale, elle se sentait si jeune, si insouciante mais il avait imposé sa volonté et il avait bien fallu se soumettre. Ahmed s’était révélé bon époux et bon père. Après les noces, il l’avait emmenée à Ouzera où ses beaux-parents l’avaient accueillie chaleureusement. Sa belle-mère, Fatima, l’avait prise en affection car elle n’avait pas de fille et elles s’étaient, tout de suite, bien entendues. Elle l’avait aidée à élever les enfants qui n’avaient pas tardé à venir combler leur foyer. De temps en temps, Ahmed emmenait toute la famille, à Tabouza, dans sa vieille Peugeot et Naïma retrouvait avec bonheur ses parents, ses amies, son village. Jusqu’à cette époque, elle avait été heureuse. Puis le temps de la terreur était arrivé. Nulle part, on ne se sentait en sécurité. Les villageois s’étaient mis à vivre dans la hantise de voir débarquer ces fanatiques armés jusqu’aux dents; peu à peu la suspicion  s'était installée entre eux, on ne savait plus à qui faire confiance, chacun restait chez soi et fermait sa porte de bonne heure. Quand Fatima était morte, la solitude, l’angoisse lui avaient paru encore plus lourdes à supporter. Elle ne voulait plus voir son mari ou ses enfants s’éloigner. Pourtant, il fallait bien vivre. Ahmed cultivait un bout de terre et allait vendre chaque dimanche, ses légumes au marché. C’était leur seul moyen de subsistance.

 

Naïma tend l’oreille, si elle entendait le bruit familier du moteur de la camionnette, cela voudrait dire qu’ils sont indemnes, qu’ils ont échappé, une fois encore, aux monstres qui mettent leur pays à feu et à sang. Seul, le silence répond à son attente. Elle regarde le réveil, voit les heures s’écouler et ses forces disparaître. Elle met la main sur son ventre et pense à ce petit qui ne verra pas le jour. Le froid l’envahit, pourtant dehors, il fait grand soleil. La flaque de sang qui s’étale autour de ses filles a noirci, les mouches dansent et bourdonnent autour des cadavres, son regard se détourne, se pose un instant sur Zohra qui lui ressemble tant qu’on aurait pu les prendre pour deux sœurs, puis sur le petit corps immobile à ses pieds. Hocine! Si vivant, si câlin, aux éclats de rire qui fusent pour un rien… Tout se brouille devant ses yeux. La pénombre se fait autour d’elle, pourtant elle sait qu’il fait grand jour, l’air devient léger, si léger qu’elle peine à inspirer. Il lui semble, soudain, entendre, au loin, le bruit familier. Ils reviennent ! Enfin, ils reviennent ! Ahmed et Karim sont vivants, ils rentrent à la maison. Un hurlement de freins, un crissement de pneus, un cri long, déchirant, une silhouette qui se découpe dans le clair de la porte, qui se précipite. Ahmed la serre contre lui, elle voit ses lèvres bouger  mais elle ne le comprend plus, elle se laisse aller entre ses bras. Son attente est enfin terminée, elle ne souffre plus, elle peut enfin fermer les yeux.  Son mari et son fils sont revenus.

 

 

 

Par le grizzly - Communauté : Les blogs citoyens
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